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"Je peux vous dire par expérience que l'idéal c'est de trouver un bon professeur, une bonne graine (homme d'esprit, de persévérance et de volonté), un bon guide (maître), un bon sol (environnement); ces trois conditions suivant l'enseignement du Maître, des milliers d'exercices, des dizaines de milliers d'exercices, voilà le chemin de la grande maîtrise. Une fois arrivé au bout de ce chemin, il n'est plus question de technique. Frapper un coup foudroyant au MEN sur un KIAI déchirant, porter un magnifique coup au DO après avoir laisser l'adversaire s'avancer et les merveilleux coups infaillibles KOTE et TSUKI, il est vrai qu'il s'agit de l'aboutissement d'un entraînement sans égal. Tout cela ne fait que l'admiration de tout spectateur". "MYAMOTO MUSASHI a écrit dans son livre "GORIN NO SHO", qui n'est pas irréprochable aux yeux de certains, des choses qui méritent bien une appréciation.  Dans le premier chapitre du livre "DOKKOSHO", il dit "ne pas être contraire aux voies du monde". Réflexion faite, on se rend compte qu'il parle de la formation de la personnalité humaine. Il y a différentes voies, mais il ne faut pas s'égarer du droit chemin principal, celui des voies importantes et n'agir de façon déshonorante à l'égard ni du ciel ni de la terre. C'est cela qui est important en fin de compte. "Vaincre les ennemis, c'est bien moins important que de mettre à l'épreuve sa propre personnalité", voilà que de dit MUSASHI, je crois. Il a écrit aussi "Il faut que l'âme ne quitte jamais la voie de la loi martiale". Comme je vous en ai parlé tout à l'heure, je l'interprète à ma façon comme suit : toujours répéter les exercices, autrement dit ne jamais penser à rien d'autre qu'au combat. Je ne cesse de trouver des passages instructifs chaque fois que le lis MUSASHI. Sans parler de sport, ses paroles sont applicables en tous points. Si l'on suit ses paroles, on risque peu d'être battu. Il est seulement bien difficile de réaliser cela. Ses propos laissent bien deviner sa conviction consolidée par son expérience". "A propos des "voies du monde" dont parle MUSASHI, ce qui n'est pas conforme à ces voies est inhumain et inconsidéré, comme je l'ai déjà dit à de jeunes gens. Donc lors d'un combat, celui qui agit contre la raison n'a aucune chance de l'emporter. Il ne faut pas être irrationnel mais conforme à la voie. Il faut obéir à la loi de la nature, soit en d'autres termes être préparé à combattre mentalement et techniquement". "C'est la même chose au Kendo; non seulement allure et garde mais aussi MAAI et SOCHU NO SAYO. Pour tout cela il faut s'exercer de façon à être conforme à la base sans se forcer. Au combat il faut savoir réagir convenablement à chaque mouvement de l'adversaire en recourant à des techniques chaque fois différentes. Ce qui départage le combat, c'est la capacité d'appliquer sans hésiter les techniques à chaque situation, en évitant de s'écarter de la base et de recourir aux mêmes techniques. Répéter les mêmes exercices de base, c'est primordial pour adapter ses techniques à chaque moment du combat. C'est indispensable et vital car si on a toujours recours aux mêmes techniques, on aura toutes les chances de les voir déjouer par son adversaire". Le propos du Maître semblait continuer sans fin. En effet, on ne peut jamais raconter une expérience de quatre-vingts ans, vécue et revécue, en un jour et encore moins en une demi-journée. Mais quel est le secret pour pouvoir tant s'exercer à son âge ? "C'est que je m'exerce en m'assurant que chaque coup de sabre que je donne est bien rationnel et sans aucun superflu. Les gens croient qu'à quatre-vingts ans on est trop vieux pour s'adonner à un entraînement, ce qui est illusoire. Si je peux le faire, c'est bien grâce à mon Maître SAIMURA qui m'a appris l'importance du travail des jambes et des hanches et l'art de modifier l'entraînement selon l'âge. L'important n'est pas l'âge mais la façon de s'entraîner. Jusqu'à soixante dix ans on s'exerce en regardant le vrai, puis on change consciemment car il est normal qu'un homme de soixante dix ou quatre-vingts ans ne peut pratiquer de la même façon qu'un plus jeune de moins de quarante ans". "Je m'entraîne à porter MEN à l'adversaire au moment où il s'apprête à m'attaquer (DEBANA), ou à esquiver le coup. Ici c'est l'ajustement temporel qui compte. On en tient compte pour inviter le partenaire à frapper un coup sur MEN, puis sur le principe de KENSEN GI GO (âme d'abord, art après), pratiquer SURIAGE MEN, KIRI OTOSHI, OKORI NO KOTE, SAYU ODJI GAESHI NO DO, NORI TSUKI, NORI GAESHI TSUKI. Voilà les techniques que je m'efforce de perfectionner". "Je fais ainsi mes propres études y compris celles des arts anciens, tout en enseignant à mes élèves. Me sentant frais et dispos, je mène une vie d'entraînement. A mon âge de quatre vingt quatre ans, je ne suis plus jeune comme vous. Il ne me reste plus grand chose à vivre, mais j'espère bien prendre plaisir à rechercher le sublime du Kendo authentique avant d'arriver à mon terme". Le Maître est aussi bon calligraphe. Le poème bouddhiste au style "REI" encadré et accroché en haut du Dojo au milieu du mur et dont les traces d'encre semblent encore fraîches est écrit de la main du Maître, qui lui même prend des leçons actuellement avec un grand calligraphe, le Maître KUWADANA : "DEUX LAMES S'ENTRECROISENT ET NE DOIVENT S'ESQUIVER" Traduit de « Kendo » - juin 1979
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